La rupture du lien sous hypnose (deuil, séparation, etc.) est une technique efficace et rapide.

Le lien est ce qui nous relie aux autres, à l’autre. C’est ce qui nous enthousiasme, fait vibrer toutes les cordes de notre corps et de notre esprit lorsque nous sommes heureux ou amoureux. C’est aussi ce qui nous entraine dans les plus profonds fossés lorsque nous nous sentons malheureux, bafoués. Il y a donc lieu de s’intéresser au lien, à sa constitution et à sa rupture en utilisant l’hypnose.

Le lien est d’abord la représentation d’une réalité qui, bien souvent, nous échappe ou que nous construisons loin de toute objectivité, de tout réalisme. C’est la construction de ce que nous aurions souhaiter avoir mais qu’il n’est pas possible d’obtenir durablement, tout simplement parce que cela est matériellement impossible.

Mais qu’est-ce que le lien ? A quoi le lien nous relie-t-il, nous lie-t-il ? Comment se crée-t-il ? Comment s’en libérer ?

Voilà autant de questions qui appellent mille réponses chacune. Nous n’essaierons même pas de répondre à une seule de ces questions de peur de ne plus savoir quelle réponse donnée parmi les nombreuses qui se présenteront. Notre objectif sera dans un premier temps d’essayer de déterminer ce qu’est ce lien, comment il se met en place et, dans un second temps d’envisager comment l’hypnose peut agir pour une libération de ce lien.

Tout d’abord qu’est-ce que ce lien et à quoi nous relie-t-il ?

Le lien au sens du dictionnaire c’est « ce qui lie, unit plusieurs personnes ». Le pluriel commençant à deux on peut évacuer la question du lien à soi même. Quoi que … la question n’est pas si saugrenue.

Nous nous limiterons au lien qui unit deux personnes entre elles et nous commencerons par … la mère, la génitrice, celle à la quelle nous devons tous et toutes d’être là. Il nous est possible d’imaginer ce que peut-être le lien dont je parle depuis quelques minutes déjà. Vous allez me dire « cordon ombilical » ! Et bien vous avez raison.

C’est sans doute le premier et le plus nécessaire des liens auxquels nous allons être confrontés tout au long de notre vie. C’est aussi celui qui va nous marquer de manière indélébile dans tous les gestes, toutes les pensées de notre vie quotidienne pendant.

Ce cordon est nourricier, mais il est autre chose également. C’est donc de ce lien que nous allons, sommairement évoquer : celui de l’attachement.

Prenons les travaux du biologiste autrichien bien connu : Konrad Lorentz (1903-1989) et, en particulier, ses travaux avec les oies cendrées. Après avoir constaté que les poussins s’attachent à leur mère et se mettent à la suivre systématiquement, il observe ensuite que les poussins peuvent s’attacher au premier objet qu’ils voient à leur naissance. Lorentz obtint ainsi que les poussins le suivent ou qu’ils suivent un simple ballon coloré. La présentation ultérieure de la mère ne change rien. C’est le premier objet venu, le premier que les poussins voient à leur naissance qui laisse son empreinte.

Dans ce cas précis, le lien, et donc l’attachement, est lié au regard. C’est également ce qu’avait souligné JJ Rousseau dans son Emile ou l’éducation dans lequel il considérait le regard comme la première source d’inégalité par le rapport qu’il instaure entre deux protagonistes. En l’occurence il pourra s’agir d’attachement (maternel ou amoureux) ou de rejet de l’attachement (condescendance ou haine).

Ce lien mère/enfant est essentiel. Il est fondateur de toute l’évolution psychologique et physique de l’enfant. Il va déterminer bien des paramètres du comportement de l’enfant, de l’enfant devenu adolescent, de l’enfant devenu adulte et même de l’enfant devenu grand-père ou grand-mère ou plus encore …

Pour Freud la rupture du lien à la mère se situe plutôt à la fin du stade oral, avant deux ans, quand symboliquement l’enfant ne tète plus sa mère. C’est la rupture de ce lien qui peut être à l’origine de toutes les névroses qu’elles évoluent ou pas vers des situations pathologiques.

Pour Lacan c’est la naissance qui est à l’origine de la névrose, la perte de l’objet a/, le manque à être. C’est la séparation du lien à la mère qui est le traumatisme originel, l’objet de tous nos efforts pour retrouver, sans espoir, le lien primal. Cette recherche n’a aucun espoir d’aboutir car nul ne peut imaginer retourner dans le ventre de sa mère, si ce n’est symboliquement. Notre quête va donc consister à trouver des substituts de ce lien, d’autres objets a/, d’autres causes d’attachement, d’autres liens.

Que se passe-t-il s’il y a absence de lien ?

De nombreuses études ont été menées à ce sujet, certaines plus controversées que d’autres. La plus « scientifique » et moralement défendable fut celle de René Spitz, psychanalyste hongrois, sur les effets de la séparation mère/enfant.

L’hospitalisme était très fréquent après la seconde guerre mondiale dans les pouponnières françaises. La solitude rendait les jeunes enfants malades. Ils dépérissaient peu à peu tant physiquement que psychiquement.

L’enfance en carence affective passe par différentes étapes : le premier mois de séparation il pleure, crie et cherche le contact. Le deuxième mois il dort mal, perd du poids et sa croissance est ralentie. Le troisième mois il semble détaché, indifférent et ne témoigne plus aucun intérêt ni pour les personnes ni pour le monde extérieur.

Certaines autres expériences beaucoup plus cruelles et moralement indéfendables sont allées jusqu’à priver complètement l’enfant du regard de la nourrice. Les nourrices ne devaient pas regarder les enfants en leur donnant le biberon ni faire montre de sollicitude ou d’affection. Sans le regard de l’autre ou d’un(e) autre, l’enfant finissait par cesser de se nourrir et se laissait mourir. On comprend donc bien quelle est l’importance du regard et de l’effet miroir.

A l’époque de Spitz, la psychologie des enfants n’était pas d’actualité. Ce sont des psychanalystes comme Mélanie Klein (élève de Freud) et plus tard Françoise Dolto (élève de Lacan) qui ont fait progressé cette matière. On pensait que le comportement des enfants était dû à leur hérédité : parents alcooliques, syphilitiques ou attardés de génération en génération. Il est vrai que la consanguinité n’arrangeait rien.

Après différentes études ayant mis en évidence ce syndrome, les scientifiques ont démontré que l’hospitalisme pouvait être réversible. Le lien peut donc être renoué comme nous verrons plus loin qu’il peut être coupé.

 

Comment se crée le lien ?

Nous avons déjà mis en évidence que le lien se créait par le regard notamment chez les ovipares pour lesquels le lien physique à la mère n’existe pas pendant la gestation. Chez les mammifères la chose est différente. Le lien est matérialisé par le cordon ombilical mais est-ce suffisant ?

Le Dr Harry Harlow (1905-1981) était un psychologue américain. Dans les années 60 il a réalisé des expériences célèbres et cruelles qui sont l’un des piliers de la théorie de l’attachement. Constatant que le jeune singe reste longtemps accroché à sa mère il a cherché à savoir si ce lien était utilitaire (nourriture, sécurité) ou en relation avec un besoin plus fondamental.

Il va donc séparer de jeunes singes de leur mère et leur procurer des mères de substitution. Dans une même cage il construit une mère en tissu éponge avec une tête très stylisée de singe et une autre en fil de fer qui offre le biberon au jeune singe. Harlow constate que le jeune singe va rester attaché à sa « mère » de chiffons qui semble lui apporter un réconfort de contact plutôt qu’à celle en métal sur laquelle est fixé le biberon.

L’expérience de Harlow peut être diversement appréciée ou interprétée. Cependant elle a réellement démontré que le jeune singe préférait le contact rassurant d’une mère en tissu-éponge à celui, plus fonctionnel, d’une mère en fil de fer ayant un biberon incorporé.

Ceux qui n’avaient ni mère véritable, ni mère de substitution prenaient l’habitude de s’entourer le corps de leurs bras.

Le lien à la mère est donc à la fois fonctionnel et psychologique. Il est lié au confort et à la sécurité que l’enfant va tenter de retrouver après l’avoir perdu par l’expulsion du ventre de sa mère.

La limitation du choc de la rupture du lien après l’accouchement est essentielle dans le développement de l’enfant tant physique que psychologique.

En 1969 le psychiatre et psychanalyste anglais John Bowlby a travaillé sur la séparation, la perte et le deuil et mis en évidence la théorie de l’attachement.

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Je me contenterai maintenant d’évoquer cette théorie qui mériterait une conférence à elle seule. Après vous avoir donné sa définition je vous indiquerai comment l’hypnose peut intervenir soit pour renforcer ce lien d’attachement, modifier sa représentation, soit pour le rompre définitivement.

L’attachement est le produit des comportements qui ont pour objet la recherche et le maintien de la proximité d’une personne spécifique, en générale la mère. Selon Bowlby c’est un besoin social primaire et inné d’entrer en relation avec autrui. La mère, ou son substitut, constitue une base de sécurité pour son enfant. Cette base de sécurité permet le chemin vers l’autonomie.

On pourrait passer en revue les différents types d’attachement et les comportements afférents de la mère. Ce n’est pas notre sujet dans ce post.

On comprend que le lien mère/enfant est essentiel, fondateur d’un comportement social, interne et externe, que l’enfant évoluant vers l’âge adulte va inexorablement chercher à retrouver ou à se débarrasser tout au long de son existence, de manière impossible.

Impossible me direz-vous ? Impossible pour ce qui est du retour à la matrice originelle. Nous sommes tous poussière et nous retournerons poussière mais … pas par voie basse.

Dans ce lien à la mère, puis à l’Autre, vont se développer des éléments significatifs des pathologies psychologiques de base, qui deviendront symptomatiques ou non aux différents stades de l’enfant vieillissant. Ce sont les structures névrotiques et psychotiques ou les mécanismes de défense perverses.

Selon ces structures, le rapport au lien originel et aux autres objets a/ chers à Lacan (les objets de substitution à la mère) va être très différent. Il va se développer en fonction des objets de substitution choisis. C’est ce qui va générer le comportement social dans la vie publique comme dans la vie privée et régir les relations inter personnelles dans la société, dans la famille et notamment dans le couple.

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Il n’est pas nécessaire à ce stade de rentrer plus avant dans le détail. Nous avons vu les différentes étapes de la création au développement du lien et chacun ici présent, avec son expérience personnelle, est à même d’en tirer parti.

L’hypnose peut vous permettre de travailler sur le lien pour le corriger ou pour le supprimer. Il se peut qu’aucun besoin ne se fasse sentir de manière consciente. La détermination de la manière dont ce lien est ressenti par le sujet est un des enjeux de la thérapie.

Il convient maintenant de faire la différence entre le sentiment et l’émotion. Nous pouvons prendre en exemple les adipocytes.  Ce sont des cellules qui contiennent naturellement des lipides et sont positionnées sous la peau. Ces adipocytes sont présents naturellement dans le corps à la naissance. Les graisses qu’ils contiennent sont essentielles au fonctionnement du corps humain autant en activité qu’au repos.

La présence de graisse est nécessaire et les adipocytes vont la diffuser au travers du système lymphatique vers les tissus et organes du corps, comme un carburant vital. On comprend bien que si ce carburant est vital, son excès est pourtant nuisible voire dangereux. C’est ce qui conduit l’être humain qui absorbe plus de graisse qu’il n’en consomme à devenir progressivement obèse et mettre sa santé puis sa vie en danger.

Dans ce dernier cas, la souffrance du patient va être d’abord basée sur cet excès de graisse sous cutanée. Bien d’autres raisons vont pouvoir être des causes de souffrance.

Assimilons maintenant l’adipocyte au sentiment et la graisse à l’émotion. L’émotion est une énergie neutre que nous qualifierons de bonne ou mauvaise selon des critères eux mêmes variables. Le sentiment peut être comparé à l’adipocyte. Il est vital, c’est un moteur de notre vie et il a besoin de carburant. Ce carburant c’est l’émotion ou plutôt les émotions qui nous envahissent dans bien des circonstances.

Ce qui nous fait souffrir ce ne sont pas les sentiments que nous éprouvons pour les autres, ni même l’émotion que cela peut susciter, mais bien l’excès d’émotion, tout comme l’excès de graisse.

L’hypnothérapeute va dans un premier temps analyser les causes conscientes de la souffrance liée au lien. Dans un second temps il travaillera sur le changement de représentation du patient par rapport à une souffrance particulière.  Il procédera enfin à la rupture du lien, sous hypnose.

Cette rupture, ne consiste pas à supprimer les sentiments comme un chirurgien supprimerait les adipocytes dans le cadre d’une liposuccion. Elle consiste à vidanger les sentiments tout en en conservant le souvenir et en évacuant l’excès d’émotions. C’est cette accumulation d’émotions qui constitue  une souffrance et qui peut se transformer en véritable énergie de destruction massive.

Revenons aux topiques de Freud en considérant deux éléments principaux que sont le conscient et l’inconscient. Le conscient va recevoir des informations de tous types.  Il va soit en garder le souvenir soit le refouler vers l’inconscient représentant par là même l’un des premiers mécanismes de défense que l’enfant va mettre en œuvre. Très souvent dans ce cas on observe cliniquement des adultes n’ayant plus de souvenir conscient immédiat de leur petite enfance. Les premiers souvenirs sont souvent datés de l’âge de raison à partir de 6/7 ans. Il se peut qu’il y ait des souvenirs mais consciemment vidés de leurs émotions.

L’émotion a-t-elle réellement disparue ? Non. Elle a été évacuée par les rêves ou d’autres mécanismes de défense qui ont pu s’avérer plus ou moins efficaces. Dans bien des cas, l’émotion reste dans l’inconscient où elle va tout faire pour, d’une manière ou d’une autre, ressortir. Cela peut se faire par le rêve (le cauchemar étant un rêve raté), par la méditation, la prière, ou l’hypnose et différentes techniques associées.

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En fait l’hypnose est un état modifié de conscience. ll se met spontanément en place naturellement chez chacun d’entre nous pour environ 5 à 10’ toutes les 90’. Qui ne s’est jamais dit au volant de sa voiture : « tiens je suis déjà arrivé là ?!? » Observez les enfants qui regardent la TV ou jouent aux jeux vidéos. Ils ne répondent pas à vos questions. Demandez-leur ce que vous venez de dire et ils sont généralement capables de vous répondre avec une précision déconcertante. Leur esprit conscient était complètement absorbé par ce qu’ils voyaient et leur esprit inconscient était parfaitement à l’écoute de ce que vous disiez. Il restait vigilant.

En induisant un état modifié de conscience l’hypnothérapeute peut dialoguer avec votre inconscient. Il pourra  lui suggérer des messages choisis, en fonction de ce que vous souhaitez travailler. Il va vous mettra dans les dispositions requises afin que votre inconscient installe lui même les solutions au problème évoqué. L’inconscient libérera les ressources nécessaires et vous les livrera au bon moment et dans de bonnes conditions.

C’est donc bien dans le protocole choisi ou, pour mieux dire dans l’intention positive, que la décision de changer la représentation du lien ou de le rompre va se prendre.

Prenons trois exemples rapides pour finir cette présentation.

Un homme âgé a perdu sa mère qu’il a toujours fuit car il ne s’est jamais senti en sécurité ni protégé pendant son enfance. Il a donc une tendance psychotique, par exemple à tendance paranoïaque. Il aime sa mère mais culpabilise car il ne s’en est pas occupé autant qu’il estime qu’il aurait dû. Voilà un candidat à un changement de représentation du lien. Lui faire travailler sous hypnose la représentation qu’il a de sa mère quand il était jeune peut lui faire comprendre les raisons de son sentiment d’insécurité sur lequel il s’est construit. Etant libéré de cette représentation, réelle ou supposée, il va pouvoir commencer à se reconstruire dans de bonnes conditions. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, n’est-ce pas ?

Une femme perd son mari prématurément. Jeune elle ne peut cependant pas refaire sa vie même si cela pourrait être très positif pour ses enfants … et souhaitable pour elle. Im y a donc lieu de travailler sur le deuil. Est-ce une rupture de lien ? Encore une après un terrible décès ? Non. L’hypnothérapeute est à même de faire comprendre que c’est l’excès d’émotions non exprimées qui génère et entretient cette souffrance. Cette émotion non exprimée ou libérée empêche toute reconstruction. Dans ce cas ce sera un protocole de deuil pour éliminer l’excès d’émotions invalidantes et permettre, dans le souvenir apaisé de l’être aimé, de reconstruire sa vie de manière harmonieuse et respectueuse de son propre passé.

Enfin, prenons l’exemple d’un homme ou d’une femme, dans le cadre d’une rupture sentimentale. Ce genre d’événement peut très bien se passer. Il faut admettre que je ne le vois pas fréquemment en cabinet. Le protocole de rupture du lien est alors indispensable. Il est orienté vers une rupture virtuelle mais visualisée de manière extrêmement précise. On abouti ainsi à une véritable libération. Imaginez un ballon gonflé d’hélium qui s’envolerait après avoir été détaché de son ancre.

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Le lien originel est celui qui unit le sujet à son premier objet d’amour qu’est la mère. Les liens qui vont se créer tout au long de la vie de l’enfant vont être des liens de substitution visant à combler ce manque à être. Ces liens peuvent prendre des formes très différentes. Ils peuvent expliquer l’ensemble des pathologies psychiques auxquelles tout thérapeute sera confronté.

L’hypnose offre un moyen complémentaire et  rapide pour permettre une libération du sujet en souffrance. L’hypnothérapeute va agir pour empêcher le patient de se noyer. Le psychothérapeute analysera avec lui, une fois sauf, les raisons pour lesquelles il est tombé à l’eau.

Bruno Ferreyrol, Hypnothérapeute, Charente